La Banque centrale européenne relève ses taux d'intérêts

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Écrit par Nadjib Touaibia   
05-03-2006

La Banque centrale européenne (BCE) relève ses taux d’intérêt : le point de vue de Liêm Hoang-Ngoc, économiste à Paris 1. Selon lui, il s'agit là d'un "choix politique qui sacrifie la croissance dans la zone euro"

Economiste, maître de conférence à Paris-I et auteur de nombreuses publications, Liêm Hoang Ngoc décrypte la décision de relèvement du principal taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE).

_. L’institution justifie son geste par la nécessité de prévenir une surchauffe inflationniste. Qu’en pensez-vous ?

C’est là un argument fort discutable. S’agissant de l’inflation, on aurait en effet pu s’attendre à ce que la hausse du prix du pétrole produise une poussée inflationniste, or ce n’est pas le cas. Celle-ci se produit par ailleurs lorsque les salaires augmentent plus vite que la productivité, les entreprises étant alors conduites à relever leurs marges. Ce n’est également pas le cas. Les salaires ne constituent visiblement pas un danger par les temps qui courent, loin s’en faut. Depuis 1983, ils évoluent au contraire à un rythme inférieur à la productivité. Objectivement, on ne peut donc pas soutenir qu’il y a plus de tension inflationniste aujourd’hui.

_. Comment expliquez-vous alors la décision de la BCE ?

L’institution est à mon avis obsédée par l’inflation pour une raison qui échappe au profane : une inflation faible et une monnaie forte constituent les deux conditions à réunir pour favoriser la valorisation du patrimoine des épargnants. Schématiquement, si en revanche l’on baisse les taux, on provoque un peu de croissance et donc une baisse du chômage. Dès lors, la supposition est vite faite que, le rapport de force étant à leur faveur, les syndicats vont revendiquer des hausses de salaires. En résumé, et sans qu’il soit nécessaire d’aller plus loin dans l’analyse, le relèvement du taux de la BCE est un choix politique.

_. Quel est l’impact de ce relèvement au plan économique ?

Rappelons qu’il s’agit là de la deuxième hausse de taux en 3 mois. Une telle décision pénalise les exportations européennes, dans la mesure où elle réévalue l’Euro par rapport au dollar. Elle pénalise également les producteurs nationaux, sachant que les produits importés vont être moins chers, notamment ceux provenant de pays asiatiques dont la monnaie est arrimée au dollar.

_. Quelles conclusions ti-rez-vous de ce comportement de la BCE ?

Il n’est pas exagéré de considérer que sa politique est tout simplement suicidaire. C’est dire combien il est finalement urgent de réviser le statut d’indépendance de cette institution et d’inscrire l’objectif de croissance dans ses statuts.

Dernière mise à jour : ( 28-09-2006 )